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Interview de Jérémy Desdouets : recordman du GR®34

GR®34 record Jérémie Desdouets

27 jours, c’est le temps qu’a mis l’athlète morbihanais Jérémy Desdouets pour venir à bout des 2134km du record GR®34, le célèbre Sentier des Douaniers.

À raison de 11 heures et 80km par jour, soit environ 2 marathons par jour, il a longé les côtes bretonnes, du Mont-Saint-Michel jusqu’à Saint-Nazaire. Pour ce record unique, il était accompagné par Théo Cheval qui a pu immortaliser cette aventure en images. Des centaines d’heures de film, les deux amis en ont tiré un reportage unique au plus proche du coureur et des proches qui l’ont accompagné… en particulier sa femme et sa petite fille de 6 mois, ses premières supportrices.

Pour SportRIZER, Jérémy est revenu sur son parcours, depuis que cette idée folle a commencé à germer dans sa tête, jusqu’à son heureux dénouement en juin dernier.

Interview de Jérémy Desdouets

SportRIZER : Après quoi est-ce que tu cours ? 

Jérémy : Ce défi, c’était d’abord pour repousser mes limites et voir jusqu’où ça pouvait me mener. D’années en années, j’ai progressé et gardé cet appétit pour les grosses préparations. Progressivement je me suis projeté sur ce record là parce que je suis un fan de la discipline. Je regarde beaucoup ce qui se fait outre-atlantique car j’aime la mentalité du trail running là-bas, mentalité qui est très différente. Le FKT – Fastest Known Time – (le temps le plus rapide) est quelque chose de très répandu ! Tous les grands chemins ont leur record, voire plusieurs : masculin, féminin, assisté ou non-assisté… On voit que les chronos ont été considérablement améliorés ces dernières années et je trouve que c’est une dynamique intéressante.

record GR®34 Jérémy Desdouets Trail

En Bretagne on a le GR®34 qui est un mythe aussi. C’est le sentier côtier breton qui recouvre toute la côte bretonne. Donc je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. Et si ce n’était pas moi quelqu’un d’autre le ferait, donc autant que ce soit moi. On s’est pris au jeu avec mon coach, on a commencé à monter le projet record GR®34 et à se préparer en conséquence. C’était vraiment une mise en valeur de la région, des gens qui la compose et des paysages qui sont les siens.

On s’est pris au jeu avec mon coach, on a commencé à monter le projet record GR®34 et à se préparer en conséquence. C’était vraiment une mise en valeur de la région, des gens qui la compose et des paysages qui sont les siens.

SportRIZER : L’oeuf ou la poule, qui est né en premier ? Le projet de réaliser un FKT ou celui de courir le GR®34 ?

Jérémy : C’est avant tout le GR®34. Je ne me serais pas vu réaliser un FKT sur un autre GR® parce que lorsqu’on se lance dans un record, il faut avoir un supplément d’âme, et moi sur un record GR®34 le supplément d’âme il est tout trouvé. Je suis breton, morbihannais, toute ma famille est ici. Faire tout le tour du pays, ça veut dire quelque chose.

J’ai été très entouré, d’abord avec la petite équipe autour moi, Théo le vidéaste, Maïla ma conjointe, Léonie ma petite fille. Et à côté de ça, il y a eu énormément de personnes qui me suivaient ou venaient à ma rencontre. On avait mis un live avec Openrunner pour suivre ma position. Il y a avait beaucoup de monde, c’était fou, au bout d’un moment j’ai dû m’isoler un peu pour me focaliser sur ma course. On reste sur un sentier technique, très escarpé, et chaque erreur se paie cash.

SportRIZER : Si on te dit qu’il y avait un côté Forrest Gump à cette aventure, avec cet enthousiasme contagieux pour un gars qui court. Est-ce-que ça a créé des émules ?

Jérémy : Oui c’était un truc de fous, des fois ils venaient juste me voir sur le chemin, m’applaudir ou me checker la main. C’est super fort comme motivation. Il y a des personnes qui sont venues de loin pour venir me voir ou partager quelques kilomètres avec moi. C’était génial parce qu’à la base, moi je fais juste un record et je vois que ça inspire les gens. C’est cet aspect humain qui m’a bluffé sur cette aventure.

Trail record GR®34
Le Forrest Gump morbihannais

J’espère que d’autres vont se lancer après moi, le but d’établir le record GR®34, c’est qu’il soit un jour battu. Et ça permettrait de continuer de promouvoir ce patrimoine. Après sur les autres GR®, il y a d’autre initiatives qui existent déjà. Chaque GR® a ses spécificités. La spécificité du GR®34, c’est qu’il est très long, on y pense à deux fois avant de s’y lancer. Il y a déjà quelques marques en France publiées sur FKT, mais il y en peu comparées au pays voisins. C’est un site américain qui référence les records. C’est une bonne référence pour voir ce qui se fait ailleurs et pour développer la pratique. Ça serait une bonne chose qu’il se développe en France.

SportRIZER : Chaque FKT a sa propre préparation et ses propres difficultés, comment t’es tu préparé au record GR®34 ?

Jérémy : Quand tu passes les 1000km, ça devient vraiment autre chose. Il faut savoir pourquoi tu vas les chercher. Le plus difficile ce sont les premiers jours. Il faut être préparé mentalement car la douleur est omniprésente, c’est horrible. Il pleuvait, j’avais des cloques. La météo était capricieuse, il y avait des rafales de de vent de plus de 100km/h. Jusqu’au 9 premiers jours c’est très compliqué, rien que pour se lever. Ensuite tout se met en place, mais on ne peut pas se relâcher car la douleur elle est toujours là. Même quand tu dors, c’est la douleur qui te réveille parce que tu as des problèmes de circulation.

Quand tu passes les 1000km, ça devient vraiment autre chose. Il faut savoir pourquoi tu vas les chercher.

C’est très compliqué de récupérer. Au final je cours 11-12h, donc ça me laisse 12h pour récupérer normalement mais c’est loin d’être le cas. Je m’obligeais à 8h de sommeil minimum. Mais ça laisse peu de temps pour te nourrir, te doucher, parfois la séance de kiné. Au final les journées sont hyper chargées. Je conseille de vraiment prendre un van comme je l’ai fait, parce que ça permet d’être au plus proche du parcours et ça évite de perdre un temps qui est très précieux à ce moment.

Je m’étais renseigné sur des précédents records de plus de 20 jours. On voit que les athlètes sont dans une routine. C’est la seule méthode pour doser ses efforts et pouvoir aller au bout du parcours. C’est même le plus fondamental dans la course et pour bien le préparer j’ai fait des reconnaissances. J’ai fait une reconnaissance sur une journée Pont Aven-Lorient, Lorient-Quiberon. C’est à l’occasion de ces reconnaissances que j’ai pu me calibrer et essayer d’imaginer mon effort et la distance que je pourrais accomplir chaque jour. Mais il faut rester flexible et ne pas se fixer de date. Il y aura forcément des décalages et c’est le meilleur moyen de sortir de sa course. Je m’étais fixé des grandes lignes directrices mais qui restaient vagues volontairement.

SportRIZER : Au cours de ce record GR®34, on te voit aventurier, résistant, endurant, on voit aussi que la passion que tu portes pour la nourriture… Koh-Lanta, tu pourrais tenter l’aventure ?

Jérémy : (rires) Moi je suis un gourmand ça c’est sûr, en plus j’adore cette émission. Oui je pense que je pourrais tenter l’aventure. Je suis un athlète qui a déjà poussé assez loin ses limites. On se rend compte que le corps est capable d’accepter beaucoup de choses. Mais le manque de nourriture c’est quelque chose auquel je n’ai jamais été confronté et qui doit être très difficile à aborder. D’autant plus quand on sait ce que le corps est en capacité de faire, d’être « bridé » par le manque de nourriture ça doit être assez dur à accepter. On le voit bien, à Koh Lanta ce ne sont pas forcément les grands athlètes qui vont au bout, et c’est pas étonnant. Le corps est capable de grandes choses mais il a besoin de carburant dans la machine.

SportRIZER : Quelle portion du GR®34 tu pourrais conseiller ?

Jérémy : La partie vers Douarnenez, pointe du vent à côté de la pointe du Raz. Alors là, pour le coup c’est super technique. Je le recommanderais pas à quelqu’un qui n’est pas rompu à la pratique du trail ou de la randonnée. Ensuite, il y a bien sûr la presqu’île de Crozon. C’est juste magnifique entre les falaises, les roches calcaires qui plongent dans l’eau turquoise. Quand il fait beau, c’est exceptionnel. Ensuite j’ai bien aimé les falaises de Plouha. On surplombe la mer, avec beaucoup de petites criques, c’est très sauvage. Et puis je terminerais avec le Golfe du Morbihan. Un matin, avec une mer calme, il y a pas beaucoup d’endroits comme ça sur Terre. Et puis je dirais qu’il faut bien choisir le moment, tôt le matin, à l’aube ou alors au coucher de soleil. On a des couleurs incroyables en bord de mer.

Pour ça, on peut remercier le travail de la FFRandonnée. Ce sont tous des bénévoles amoureux de la randonnée. Ils mettent un point d’honneur à conserver ce patrimoine incroyable. Comme on est sur la côte on a parfois des sections qui sont endommagées, ça demande un travail constant. Mais c’est important de conserver les PR® et GR®. On a beaucoup de chance d’avoir un tel réseau. Il faut le voir comme un réseau d’autoroutes qui nous permet de nous déplacer partout en France. On en parle pas suffisamment. Ça fait partie du patrimoine français parce que c’est vecteur entre les territoires de la connexion entre les gens, et avec leur propre territoire. Il faut qu’ils soient défendus et conservés, et merci à la FFRandonnée d’exister pour ça.

Les PR® et GR® font partie du patrimoine français parce qu’ils sont vecteurs entre les territoires, de la connexion entre entre les gens et avec leur propre territoire. Il faut qu’ils soient défendus et conservés, et merci à la FFRandonnée d’exister pour ça.

GR®34 et ses magnifiques paysages

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On espère que cet article sur le record GR®34 vous aura motivé à aller parcourir les côtes bretonnes ! Et si le trail ou la rando ne sont pas votre tasse de thé, ce n’est pas grave… nous avons encore plein d’autres activités à vous proposer en Bretagne ! On vous attend sur sportrizer.com 😉

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